Feuilles de guduchi Tinospora cordifolia

Guduchi, protection et purification

Nectar qui protège

Le guduchi, dont le nom signifie « celui qui protège », est une plante remarquable aux propriétés peu communes, ce qui en fait une plante de choix dans le traitement de plusieurs pathologies. Elle régénère le corps, module l’immunité, soigne les fièvres infectieuses coriaces et rafraîchit le corps tout en augmentant l’activité métabolique et en nettoyant l’organisme via le foie et les reins. De plus, les recherches probantes à son sujet abondent. (1)

Nom latin : Tinospora cordifolia
Autres langues : guduchi ou amrita (sanskrit), guduchi (français), moon creeper (anglais), giloy (hindi), gilo (arabe), kuan chu hsing (chinois)
Famille botanique : menispermacées

Description : Le guduchi est un arbuste grimpant qui étend ses longues branches garnies de grandes feuilles caduques en forme de cœur, montées sur de longs pétioles légèrement teintés de rouge. Ses fleurs, unisexuées et de couleur jaune-verdâtres, apparaissent lorsque la plante est dépourvue de feuilles. Écarlates ou oranges, ses fruits sont de petits drupéoles ovales de la taille d’un pois. Le bois de sa racine est blanc, poreux et se teinte de jaune aussitôt coupé.

Distribution : À l’état sauvage, on retrouve cette plante grimpante parmi les arbres et les arbustes des régions tropicales du sous-continent indien et de la Malaisie, parfois jusqu’à 1200m d’altitude. Elle préfère les forêts sèches et grimpe assez haut pour couvrir les petits arbres et les clôtures.

Parties utilisées : Par défaut, nous traitons ici des tiges du guduchi qui supportent les feuilles et leurs pétioles. Les feuilles, les racines et l’écorce sont aussi utilisées dans des cas spécifiques.

Récolte : Les plantes matures sont collectées, séchées et coupées. Notamment, les tiges sont récoltées après environ 9 mois de maturation. Le guduchi se cultive facilement en pot et ne requiert que peu d’attention.

Constituants : Le guduchi contient une variété de constituants actifs : antioxydants, alcaloïdes (dont berbérine, choline, tinosporine et magnoflorine), stéroïdes, un sesquiterpénoïde (tinocordifoline), lactones diterpéniques, glycosides, minéraux (calcium, phosphore, fer, cuivre, zinc et manganèse) et autres.

Profil ayurvédique

Saveurs principales (rasa) : amer, astringent

Amer
Astringent

Saveurs secondaires (anu rasa) : sucré/doux

Sucré/Doux

Saveur post-digestive (vipaka) : sucré/doux
Caractéristiques (gunas) : léger et onctueux
Effet sur les doshas : apaise les trois doshas, surtout vata et pitta
Potentiel (virya) : amphotérique (tendance réchauffant mais potentiellement refroidissant)

Propriétés médicinales générales

Régénérateur : Surnommé amrita, i.e. « impérissable », le guduchi fortifie les tissus (dhatus) et augmente la vitalité (ojas). Il promeut la régénération cellulaire et ralentit le processus de vieillissement (rasayana). Faisant écho à sa vertu régénératrice, le guduchi se renouvelle constamment, même après avoir été coupé plusieurs fois. (2) On l’a récemment employé pour réduire les effets négatifs de la chimiothérapie (3).

Anti-inflammatoire : Le guduchi apaise les états inflammatoires lorsque l’organisme en général est prompt à souffrir d’inflammations et lorsque celles-ci sont généralisées. En médecine traditionnelle chinoise on l’utilise surtout pour soigner l’inflammation due à une blessure ou à l’arthrose.

Glycémiorégulateur : Son effet équilibrant sur le taux de sucre sanguin est remarquable : il se situe parmi les meilleures plantes capables de régulariser la glycémie. (4)

Astringent : L’effet astringent du guduchi est utilisé pour soigner les saignements (rakta-pitta), les hémorroïdes, les diarrhées et certains cas de malabsorption (sangrahini). On mentionne d’ailleurs qu’il peut aider en cas d’anémie.

Propriété :  système immunitaire

Immuno-modulateur : Le guduchi affecte en profondeur le système immunitaire, ce qui réduit les maladies auto-immunes et les allergies, parfois jusqu’à les enrayer. (5) Il est efficace en cas d’éosinophilie, i.e. surplus d’un type particulier de globules blancs. (6) Dans ce cas on le combine au curcuma, au neem et au basilic sacré.

Cet effet immuno-modulateur fortifie le système immunitaire pour prévenir et soigner les infections, particulièrement pour prévenir les infections respiratoires et urinaires. (7)

Pris sur de courtes périodes, le guduchi aide à combattre les infections bactériennes et virales, contrairement à d’autres immuno-modulateurs qui prennent plusieurs semaines avant de faire sentir leurs bénéfices.

Antinéoplasique : Le guduchi ralentit la prolifération des cellules cancéreuses et procure divers effets anti-tumoraux via son action sur le système immunitaire. (8, 9, 10) Il semble aussi protéger contre les effets des radiations, ce qui est utile pour soutenir l’organisme en cas de radiothérapie. (11)

Antiviral : Plusieurs sources accordent au guduchi un effet modérément antiviral, efficace surtout contre les fièvres virales mais aussi utile contre tous les virus, même le virus Epstein-Barr et le VIH. La majorité des formules ayurvédiques pour traiter la fièvre et les convulsions contiennent du guduchi à cause de la combinaison de ses capacités antipyrétiques, antivirales, immuno-modulatrice et désintoxiquantes. (12)

Propriété :  système digestif

Tonique du foie et de la rate : Le guduchi améliore le fonctionnement du foie et de la rate, ce qui contribue à ses effets bénéfiques sur les maladies de peau, la jaunisse ainsi que sur la vision, reliée au dosha pitta et au foie en ayurvéda. La gestion des glucides et des lipides par le foie, dont la cholestérolémie, est également améliorée par la prise du guduchi.

Toujours en lien avec le foie et le dosha pitta, on le considère utile pour purifier le lait maternel ainsi qu’en cas d’alopécie, de leucodermie (vitiligo et autres) et de parasites cutanés comme la teigne. Il possède aussi des capacités hépato-protectrices.

Émétique vs anti-émétique : Alors qu’une dose concentrée de racine de guduchi provoque les vomissements, une dose normale de ses tiges contribuera plutôt à réduire les nausées en raison de son amertume et de ses effets désintoxiquants.

Propriété :  systèmes circulatoire et urinaire

Tonique des reins : Cette plante améliore le fonctionnement des reins tout en procurant un léger effet diurétique et émollient (i.e. lubrifiant, surtout les feuilles). Tout comme l’ortie, Urtica dioica, elle est spécifique à l’élimination de l’acide urique. Pour ces raisons, on l’emploie efficacement en cas de goutte, de rhumatismes et pour réduire le niveau de toxines (ama) dans l’organisme.

Cardio-protecteur : Le guduchi est spécialement indiqué pour soigner les douleurs cardiaques, en combinaison avec des toniques cardiaques. Il entretient le désir de vivre et l’expression de la « flamme sacrée du cœur » ou «  sadhaka pitta ».

Propriété : système nerveux

Tonique du système nerveux : Calme et « rafraîchit » l’esprit, favorise le bon fonctionnement du cerveau. Des études démontrent des effets anxiolytiques et antidépresseurs sur des rats. (13) D’autres études observent une réduction de l’hyperactivité sur des souris affectées par des amphétamines. (14)

Propriétés :  feuilles, racines et écorce

On emploie les racines dans des formules antipoison, en combinaison avec les tiges. D’autre part, on en extrait le jus frais pour soigner les fièvres infectieuses ou alors pour contrôler la glycémie et soigner le diabète. À fortes doses, elles ont un effet puissamment émétique et peuvent aussi provoquer une diarrhée. (15)

L’écorce est aussi antipyrétique, par ailleurs antispasmodique, anti-inflammatoire et utile pour soigner les problèmes cutanés de type pitta. Il est fort probable que l’écorce et les racines soient très astringentes et toniques du foie en raison de leurs saveurs amères et astringentes prononcées.

Les feuilles contiennent beaucoup de mucilages émollients, de protéines, de calcium et de phosphore. Elles ont aussi un bon effet sur la glycémie. Elles se consomment séchées en poudre ou s’appliquent sous forme de pâte sur la peau.

Folklore et usages traditionnels

L’épopée du Ramayana raconte que Rama pria le dieu Indra de ramener à la vie tous les singes et les ours de son armée tués lors de la guerre contre le démon Ravana. Indra fit pleuvoir sur terre un nectar qui raviva les animaux décédés et les gouttes tombées au sol firent pousser le guduchi. (16)

Le guduchi est considéré par certaines lignées ayurvédiques comme la plante la plus sacrée qui soit. On raconte que le guduchi peut survivre sans recevoir d’eau ni de terre, subsistant uniquement de l’air ambiant, tout comme l’on démontré hors de tout doute certaines expériences scientifiques sur des yogis. (17)

Sushruta, le célèbre chirurgien ayurvédique, utilisait les racines surfaciques du guduchi pour faire des points de sutures tellement elles sont à la fois fines et solides.

Par ailleurs, il a été calculé que la masse des plantes excède la masse extraite du sol pour leur croissance, ce qui indique que celles-ci se nourrissent en partie des quantités infinitésimales de matière et de la vapeur d’eau présentes dans l’air.

Dosages et modes d’utilisation

Sauf lorsqu’elle sert de support temporaire lors d’une infection, cette plante s’utilise à long terme, sur une période de quelques semaines jusqu’à 3 mois, voire davantage, sans risque de toxicité. On la combine à l’ashwagandha ou au shatavari pour un effet tonique général ou encore à l’aloès, au neem ou au curcuma pour un effet désintoxiquant. La poudre des tiges de guduchi est généralement utilisée, sauf indications contraires.

Décoction : Réputée comme étant le mode d’utilisation préférable pour le guduchi, on utilise pour la décoction 2 ou 3 cuillères à soupe de poudre de guduchi pour 1L d’eau que l’on réduit par ébullition à 250mL avant de filtrer. Boire cette préparation en deux doses à 8-12 heures d’intervalle, idéalement à jeun. Elle ne se conservera pas beaucoup plus longtemps au réfrigérateur.

Infusion froide : Lorsque l’objectif est principalement de pacifier le dosha pitta et de réduire les chaleurs du corps, l’infusion froide est un bon choix. On la prépare en faisant tremper une cuillère à soupe de poudre dans une tasse d’eau pendant 6 à 8 heures avant de filtrer le breuvage. Boire idéalement à jeun en une ou deux doses, réfrigérer au besoin pour conserver le liquide pendant quelques heures.

Poudre : On peut également ingérer la poudre directement sans la solubiliser dans l’eau, ce qui est plus simple mais un peu moins efficace. Les dosages iront de ½ c. à thé à 1 c. à soupe, une ou deux fois par jour selon les besoins. On peut raisonnablement administrer jusqu’à 6 grammes de poudre par jour.

Les enfants âgés de plus d’un an peuvent consommer l’équivalent de 250g de poudre de guduchi, une ou deux fois par jour après les repas. À cette fin, on peut la mélanger avec du miel ou bien l’administrer en capsules lorsqu’elles sont disponibles.

Jus frais : Pour soigner la fièvre, écraser 500g de tiges fraîches que vous ferez ensuite tremper dans 2L d’eau. Bien malaxer le tout avec les mains pour extraire le contenu laiteux du guduchi. Retirer les parties fibreuses puis laisser le liquide décanter afin que le contenu laiteux se dépose. Enlever le liquide de surface sans agiter le fond laiteux. Récupérer le fond laiteux à l’aide d’un minimum d’eau et le sécher complétement à l’ombre jusqu’à obtenir une poudre blanche. La poudre ainsi obtenue équivaut à environ 25g de poudre de guduchi, soit 5% du poids des tiges fraîches. (18)

La racine du guduchi est également préparée en l’écrasant au mortier tout en ajoutant de petites quantités d’eau afin d’obtenir un jus aussi concentré que possible, que l’on consomme immédiatement pour de meilleurs résultats.

Pâte et cataplasme : La poudre de guduchi peut être transformée en pâte à l’aide d’un peu d’eau chaude puis appliquée directement sur la peau pour soulager les problèmes chroniques et les irritations, notamment en cas d’eczéma et de psoriasis. Cette pâte peut aussi être obtenue avec la plante fraîche qui sera broyée avec un peu d’eau. Les feuilles du guduchi seront utiles dans ce cas grâce à leur contenu en mucilages qui procurent un effet émollient, apaisant pour les inflammations.

Précautions et contre-indications

  • Aucune étude n’a démontré d’effets adverses sérieux.
  • Constipation : ceux dont l’évacuation est très lente pourraient voir leur problème s’accroître s’ils prennent de fortes doses de guduchi pendant plusieurs semaines.
  • Diabète : avisez votre médecin si vous prenez des doses régulières et significatives de guduchi afin d’ajuster la médication en conséquence, s’il y a lieu.
  • Grossesse, et enfants de moins d’un an : éviter à cause d’un manque de données sur le sujet.
  • Immunosuppresseurs : les effets immuno-modulateurs du guduchi peuvent contrecarrer les effets immunosuppresseurs d’un médicament.
Notes et références

Jonathan Léger Raymond

jonathan@ayurvedarevolution.com

Thérapeute ayurvédique et herboriste accrédité par la Guilde des herboristes du Québec, Jonathan est co-fondateur d'Ayurvéda Révolution ainsi que du centre Espace Ayurvéda à Montréal. Il a reçu ses enseignements directement en mentorat individuel avec des médecins ayurvédiques de très haut calibre en Inde, les Dr. Kannan et Shankar, tout deux du Kérala. Ses nombreux voyages lui ont permis de s'imprégner de la culture indienne et d'établir des contacts privilégiés en Inde.

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