Earthship Biotechture

Earthships : ces maisons autonomes qui font rêver

Nouvelles technologies et habitations écologiques

À une époque où l’ère industrielle bat son plein et que la situation environnementale inquiète, les maisons écologiques en font rêver plus d’un. Pour un grand nombre d’entre nous, c’est la technologie qui peut nous sortir de ce mauvais pas. Et si je vous disais que dans un désert du Nouveau-Mexique, un architecte développe depuis les années 70 un type de maison complètement autonome appelé Earthship ; dont le nom signifie littéralement : « vaisseau terrestre » ?

Que sont les Earthships ?

Nées en 1972 en plein désert du Nouveau-Mexique, ces drôles de maisons sont la vision incarnée de l’architecte américain Michael Reynolds. La ville de Taos et plus particulièrement son secteur appelé le « Greater World » compte aujourd’hui le plus grand nombre d’Earthships au monde sur un même territoire.

Rappelons une chose concernant l’univers du bâtiment écologique : il existe plusieurs visions qui ont toutes des objectifs uniques, liés à des valeurs spécifiques et menant ainsi à des résultats de conception fort différente. Chacune de ces visions est donc bonne dans son essence.

Les maisons écologiques et résilientes

Dans leur formation d’introduction en design de bâtiment écologique, Francis Gendron et son collègue Frédéric Wiper insistent qu’il existe quatre grands types de maison écologique et il importe de bien se situer avec de démarrer son projet :

  • Les maisons saines et naturelles
  • Les maisons haute performance
  • Les maisons à basse énergie grise
  • Les maisons résilientes

L’obsession des maisons résilientes est de fournir eau, chaleur et énergie à ses habitants, indépendamment des réseaux extérieurs. Les Earthships sont la quintessence même des maisons résilientes. Ils prennent soin de leurs habitants et leur créateur a développé et amélioré le concept à travers les années pour arriver au modèle universel dont il sera question ci-dessous.

Fait intéressant : Michael Reynolds a toujours comparé les Earthships à des Arches de Noé modernes qui voguent non pas sur les eaux mais à travers les temps difficiles, comme pour sauver l’humanité d’un désastre à venir, à l’instar de Noé qui avait vu venir la montée des eaux.

Six grands principes sous-tendent la philosophie des Earthships :

1- Le chauffage bioclimatique

Les Earthships visent ni plus ni moins à éliminer le chauffage artificiel. Le soleil est notre « grande chaufferette » dont il faut tirer le maximum ! Chauffage et climatisation sont gérés par des systèmes dits passifs : ils n’utilisent aucune énergie électrique. Un de ces systèmes est la géothermie passive : les Earthships sont recouverts de terre sur les murs Nord, Est et Ouest, ce qui reproduit la température stable qu’on retrouve quelques mètres sous terre. Grâce à sa conception ingénieuse, cette maison peut théoriquement garder une température stabilisée entre 19 et 21 degrés Celsius toute l’année.

2- Les matériaux naturels et recyclés

L’idée est de « transformer les ordures en or pur » ! Francis Gendron, élève de Michael Reynolds, utilise beaucoup cette phrase qui rend bien compte de la réalité des Earthships : ils utilisent littéralement des pneus (!) pour leurs fondations et des bouteilles de bière dans les murs. Le tout est recouvert de COB, genre de béton naturel, en réalité un mélange de sable, d’argile et de paille utilisé depuis des millénaires par toutes les civilisations préindustrielles. L’idée générale qui obsédait M. Reynolds est qu’il existe tellement de déchets dans le monde qu’on peut désormais les considérer comme une ressource !

Parlant de pneus, leur utilisation est toujours sujette à controverse. Après quelques années chez Solution Era, je l’affirme sans plus aucun doute : les pneus ne posent pas de problème en soi tant qu’ils sont bien recouverts et isolés de la partie interne du bâtiment. Pour en savoir plus à ce sujet, consultez les liens en références au bas de cet article.

3- L’énergie solaire et éolienne

Les Earthships utilisent exclusivement l’énergie renouvelable. Rien de surprenant, mais il convient de préciser que si les éoliennes font souvent rêver, la grande majorité des experts martèlent toujours la même chose : tout ce qui bouge, finit par casser. En bon québécois : tout ce qui bouge brise.

« Tout ce qui bouge brise »

C’est même devenu un genre de mantra qu’on se répète inlassablement quand vient le temps de penser à la conception d’une maison écologique et résiliente ! Par conséquent, l’énergie nécessaire aux activités quotidiennes sera alimentée en grande partie par des panneaux solaires, bien plus solides et durables que les éoliennes.

4- Les sources d’eau

Sans eau, que serions-nous ? À Taos, situé à 2000m d’altitude, il ne pleut que 18mm… par année. En comparaison, c’est six fois moins que les précipitations au Québec ou en Europe de l’Ouest. Les habitants du Greater World réussissent pourtant à n’utiliser que l’eau de pluie et de la fonte des neiges pour leurs besoins quotidiens : ils accumulent l’eau dans des citernes souterraines situées derrière le mur nord des Earthships et la distribuent par gravité, filtrée selon l’utilisation requise dans la maison.

5- La gestion des eaux grises et noires

L’eau captée est réutilisée en tout jusqu’à quatre fois :

  • Première utilisation normale : douche, vaisselle, etc.
  • Elle pénètre ensuite dans le sol de la serre pour nourrir les plantes (soit dit en passant elles adorent les savons et autres produits de toilette)
  • Elle est réutilisée comme eau de toilette. Ô étonnement : pas besoin d’eau potable pour ça !
  • Après être passée par une fosse sceptique, obligatoire en Amérique du nord, l’eau est finalement rejetée à l’extérieur de la maison

Cette dernière utilisation ne serait évidemment pas permise partout, mais il est bon de savoir qu’un Earthship, en plus d’être autonome, a le potentiel de rendre une eau pure à l’environnement. Ils créent littéralement de petits jardins exotiques là où rien ne poussait auparavant : c’est ce qu’on appelle maximiser un impact positif.

6- La production de nourriture

Un autre aspect bien visible de ces maisons autonomes est la partie située à l’avant, toujours du côté sud : la serre ! Une fois vos plantes démarrées, les systèmes de gestion des eaux s’occupent du reste, plus besoin d’arroser.

Un Earthship baptisé « The Phoenix » a d’ailleurs été bâti avec une gigantesque et magnifique serre qui devait nourrir une famille de quatre personnes. Sans avoir réussi le pari de l’autonomie à 100%, les résultats sont très encourageants et donnent espoir pour l’avenir. Le Phoenix est depuis fréquemment loué pour des mariages, des célébrations et autres festivités : Francis Gendron y a d’ailleurs tourné cette vidéo.

La serre a aussi une utilité liée au principe de chauffage bioclimatique : elle crée une zone tampon entre l’extérieur et la zone habitable. S’il fait -20 degrés Celsius à l’extérieur (il peut faire jusqu’à -35 à Taos !) l’air de la serre sera plutôt à 0 ou -5 degrés. La température de la zone habitable est donc beaucoup plus facile à gérer.

Earthship Biotechture Francis Gendron (5)

Entre mythes et réalités

Certains types de maisons écologiques adoptent l’objectif de rejeter peu d’énergie grise. Cette vision entre en friction avec celle d’une maison dont l’objectif est plutôt la résilience, et qui sacrifie forcément certaines choses pour y arriver. Je donne comme exemple rapide la question d’être connecté au réseau électrique collectif ou pas.

Au Québec, comme notre énergie est la moins chère au monde, il n’est pas autant justifiable d’un point de vue économique de se séparer du réseau. Un puriste de la résilience préférera tout de même la coupure car cette décision est directement alignée avec ses valeurs.

Si le sujet vous intéresse, Solution Era discute dans cette vidéo de questions polémiques sur les priorités en écohabitation.

Plusieurs solutions pour l’autonomie

À ceux qui se posent la question : oui, les Earthships s’adaptent à nos climats froids et humides. L’exemple le plus récent et le mieux conçu au Québec est indiscutablement celui de Benoît Deschamps en Mauricie.

Les propriétaires de l’Es-Cargo, premier Earthship bâti au Québec il y a plus d’une dizaine d’années, vous diront avec plaisir que certaines erreurs ont été commises et que leur maison n’est pas parfaite. Ils y sont quand même heureux comme des rois, ils s’y sentent chez eux et leur mode de vie axé sur la simplicité volontaire se marie à merveille avec ce genre de bâtiment.

Nous avons travaillé fort chez Solution ERA pour démontrer qu’il existe d’autres alternatives. C’est maintenant chose certaine : une maison qui respecte le code du bâtiment au Québec et en France (parmi les plus sévères) peut être aussi efficace qu’un Earthship en termes d’efficacité énergétique, d’autonomie et de qualité de vie. C’est justement l’objet de nos formations de Solution Era et de l’Académie Adapt, si vous êtes curieux d’en savoir plus, découvrez-les ici.

Et vous, quelle est votre maison de rêve ?

Notes et références

Julien Watine

julien@solutionera.com

Julien Watine est en charge des communications, du marketing éthique et du service client chez Solution Era, jeune entreprise dynamique dont l'objectif est de créer un climat de changement et d'honorer les initiatives qui dessinent le monde de demain. Dans cette optique, Julien n'a qu'une obsession, la productivité et la saine gestion des entreprises. Ses passions, à part le monde des solutions ? La musique, l’astronomie, le bonheur et le temps qui passe.

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