Piments forts, acidité et reflux gastriques

Acidité et reflux gastrique

Photo gracieuseté de Anicha

Acidité gastrique et reflux gastro-oesophagien

L’acidité et les reflux gastriques figurent parmi les maux digestif les plus courants. L’acidité gastrique est une sensation de brûlure engendrée par la sécrétion d’acide chlorhydrique dans l’estomac. Cet acide peut abîmer la paroi interne de l’estomac et les organes digestifs avoisinants.

Les sensations douloureuses de brûlement au sternum sont appelées : « brûlures rétrosternales » ou « pyrosis » en médecine moderne. Le reflux gastro-oesophagien correspond à une régurgitation du contenu de l’estomac vers l’œsophage. De 20 à 40% des adultes l’on déjà expérimenté alors que 2 à 5% en souffrent au quotidien. (1)

En persistant, l’acidité et les reflux vont entraîner une inflammation et à terme, des dommages plus ou moins sévères seront infligés à l’œsophage, rendant parfois la voix plus rauque également.

Traiter l’acidité gastrique en médecine moderne

Pour diagnostiquer l’acidité gastrique, la médecine moderne effectue des tests de sang et d’urine, surveille le pH de l’œsophage et procède à des tests de rayon-X et des endoscopies. Les médicaments utilisés pour soigner l’acidité gastrique comprennent les antiacides, les antagonistes H2 qui réduisent la production d’acidité de l’estomac et les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), qui limitent la sécrétions d’ions H+. Ces médicaments sont délivrés sous ordonnance car on risque de compromettre les capacités digestives d’un individu en diminuant sa production d’acide chlorhydrique. (2)

L’acidité gastrique en ayurvéda

Pour vous familiariser avec les termes ayurvédiques mentionnés ci-dessous, notamment les trois doshas, consultez les articles et vidéos suivants : « L’Ayurvéda et les trois doshas », « Distinguer nature et état », « Expérimentez l’ayurvéda ».

L’acidité gastrique est associée à pitta et se manifeste souvent chez les individus de cette nature, notamment en raison de leurs habitudes de vie ainsi que de leur métabolisme rapide qui sécrète plus d’acide chlorhydrique. Par ailleurs, les individus de type kapha présentent plus souvent des faiblesses au niveau des sphincters de l’estomac ou développent des hernies hiatales, ce qui favorise aussi les reflux gastriques. Aussi, un surplus de poids et la grossesse compriment parfois l’estomac de façon à favoriser les reflux.

En somme, lors des reflux gastriques, un excès pitta engendre l’hyperacidité et un excès kapha permet à une partie de cette acidité de remonter le long de l’œsophage.

Pour décrire la problématique de l’hyperacidité gastrique en ayurvéda, on emploie des concepts tels qu’agni, le feu digestif, ainsi que les sous-doshas pachaka pitta, responsable de la production d’acide gastrique et amashaya kapha, relié à la sécrétion de mucus pour protéger l’estomac. Soit pitta est en excès, soit les fonctions de kapha ont été perturbées par un autre problème de santé, par exemple lorsqu’une déshydratation (vata) prive le corps du liquide nécessaire à la production de mucus pour protéger l’estomac.

Voici les principaux symptômes de l’acidité gastrique, lesquels sont de type pitta :

  • Goût amer ou acide en bouche
  • Inflammation, sensation de brûlure à la poitrine
  • Sensation de brûlure et douleur continuelle dans la région supérieure de l’abdomen
  • Sensation de brûlure et douleur sur estomac vide
  • Sensation de faim continuelle
  • Dyspepsie, indigestion, reflux gastriques fréquents

Lorsque l’acidité est chronique, elle peut engendrer ces symptômes secondaires de type vata :

  • Ballonnements intestinaux intenses et renvois
  • Tensions musculaires
  • Constipation
  • Perte de poids abrupte
  • Perte de cheveux
  • Sécheresse à la gorge
  • Difficulté à avaler, mal de gorge
  • Toux sèche et récurrente, surtout nocturne
  • Démangeaisons rectales
  • Douleurs chroniques oreilles et/ou sinus

De rares symptômes secondaires sont plutôt de nature kapha :

  • Perte d’appétit
  • Nausées et vomissements
  • Oppression à la poitrine après les repas

Lorsque le problème s’installe

Normal d’avoir des douleurs et des brûlements au ventre après un repas très gras, épicé, mangé à la hâte. En revanche, si le moindre écart devient problématique, que l’acidité dure plusieurs heures, plusieurs jours ou devient chronique, nous sommes alors en présence d’un vase plein qu’une simple goutte peut faire déborder à tout moment.

Il faut donc effectuer un travail de plus longue haleine et modifier significativement notre mode de vie et/ou notre alimentation pour retrouver notre zone de confort, nos limites personnelles, bordées d’une marge de manœuvre permettant des écarts raisonnables. Grâce à une thérapie générale visant à réduire les fonctions de pitta, nous pouvons réduire notre sensibilité aux irritants et aspirer guérir profondément plutôt que simplement faire disparaître temporairement les symptômes.

Les facteurs émotionnels et psychologiques

Le stress d’une personne de nature pitta tend à se ressentir au niveau des principaux organes digestifs, autour du nombril : estomac, foie, pancréas, duodénum. L’acidité gastrique est donc fréquemment une complication du stress vécu par une personne de nature pitta.

Il est facile de sous-estimer l’influence des tensions nerveuses sur l’acidité gastrique. Certains états émotionnels sont sous-jacents, pernicieux et inconscients. Ces états prolongés ont énormément de répercussion sur l’acidité du corps et le système nerveux dirige le rythme auquel l’acide gastrique est relâché dans l’estomac.

Les facteurs alimentaires

Pour favoriser l’équilibre de notre digestion, nous devons nous habituer à manger calmement, lentement et à des heures régulières, tout en évitant de se lever la nuit et de sauter des repas. Omettre de manger lorsqu’on a faim dérègle les sécrétions gastriques et expose l’estomac vide aux sécrétions gastriques ; on risque par ailleurs d’avoir un appétit excessif au prochain repas.
On aggrave aussi sadhaka pitta, responsable du contentement et de la plénitude.

Il est aussi prioritaire d’éviter :

  • Les aliments trop riches moins de 2 à 3 heures avant de se coucher
  • Les excès d’aliments crus, surtout les choux, les radis, les poivrons, les oignons et l’ail
  • Les acidifiants, notamment les fruits au goût acide, la tomate et les aliments raffinés
  • Les fermentations en grandes quantités : choucroute, kombucha, fromages vieillis
  • Les aliments très piquants comme les piments forts, les oignons et l’ail cru
  • Les corps gras en grandes quantités comme dans la friture, la vinaigrette et la pâte à tarte
  • Les stimulants : boissons gazeuses caféinées, café, thé, maté, cacao, tabac

D’autre part, nous pouvons favoriser :

  • Les fruits de saveur douce, préférablement cuits : pommes, poires, figues, dattes, bananes
  • Éviter l’ananas : manger le cœur plutôt, il contient la bromélaine, un composant anti-inflammatoire
  • Favoriser les légumes racines : patates douces, carottes, betteraves, panais
  • Un peu de concombre en collation peut soulager les symptômes d’acidité
  • Manger un gruau d’avoine et amandes trempées pour ceux qui ont un peu plus d’appétit au déjeuner
  • Comme repas, préparer une soupe de lentilles mung fendues avec du riz, de la poudre de cardamome, des graines de fenouil, de cumin, d’ajwain et des graines de coriandre rôties (1-2 min à sec, à la poêle sur feu moyen)
  • Boire des breuvages tels que l’eau de coco, les laits chauds (de vache, d’amande, de riz ou de coco), possiblement mélangés en smoothie avec des dattes
  • Boire un petit lait à la menthe et/ou à la coriandre
  • Astuce ayurvédique no1 : en prévention, consommer 10ml de jus de pomme grenade 2 x par jour, le tout possiblement incorporé à une recette de chutney
  • Astuce ayurvédique no2 : prendre du cidre de pomme avec du miel, 1-2 c. à soupe de chaque avec un peu d’eau, au moment où les brûlements apparaissent
  • Astuce ayurvédique no3 : mâcher des zestes de pamplemousse bio au moment où les brûlements apparaissent

Remèdes ayurvédiques et plantes médicinales

Poudre Avipattikar : Cette poudre est un remède ayurvédique composé d’un mélange d’épices pour disperser les ballonnements et réduire l’acidité de l’estomac, à consommer à raison de ½ à 1 c. à thé après les repas.

Orme rouge (Ulmus rubra) : prendre 1 c. à soupe de poudre d’orme rouge, 1 c. à soupe d’eau tiède et 4-6 c. à soupe de compote de pommes ou de poires non sucrée. Mélanger l’orme rouge et consommer à jeun de préférence, pour un effet maximal. Il s’agit de fibres hydrosolubles qui éliminent aussitôt l’acidité de l’estomac et du tractus digestif, calmant les inflammations et réparant les lésions. Il est également possible de fabriquer des pastilles d’orme rouge à l’aide d’un peu de miel lorsque les reflux acides affectent surtout l’œsophage.

Jus frais d’amla (Phyllantus emblica) : Boire 1 à 2 c. à soupe de jus frais d’amla mélangé à une quantité équivalente de miel, 1 à 2 fois par jour pour régulariser le taux d’acidité corporel et les sécrétions gastriques.

Jus des feuilles fraîches de basilic sacré (Ocimum sanctum) : Pour équilibrer l’acidité gastrique, consommer 1 c. à soupe 2 x par jour de jus de feuilles fraîches de basilic sacré additionné de ½ c. à thé de sucre de canne granulé et 2 c. à soupe d’eau chaude pour le diluer.

Poudre de feuilles de neem (Azadirachta indica) : Cette poudre est recommandée en capsules après les repas en raison de la saveur intensément amère du neem qui sert à apaiser les excès pitta et kapha dans l’organisme et notamment à diminuer son taux d’acidité.

Feuilles de plantain (Plantago major) : Pris en tisanes, le plantain offre ici un effet anti-inflammatoire ainsi que des fibres hydrosolubles émollientes qui rafraîchissent et apaisent les muqueuses.

Réglisse en capsules, tisanes ou extraits liquides (Glycyrizzha glabra) : La réglisse est très puissante pour calmer l’acidité et les ulcères. Cependant, évitez de l’utiliser plus de deux semaines de suite et attention en cas de haute pression, de grossesse ou en combinaison avec la médication car la réglisse est puissante et délicate à utiliser. Une version déglycyrrhinizée est aussi disponible sur le marché pour les usages à long terme.

Bicarbonate de soude : Boire ½ c. à thé de bicarbonate de soude dilué dans 125mL d’eau, 1 à 2 fois par jour en prévention ou en intervention contre l’acidité gastrique.

Exercices et mode de vie pour soigner l’hyperacidité

Le jour, mieux vaut éviter l’exposition prolongée au soleil et rechercher la fraîcheur lors des canicules. On conseille par ailleurs aux gens qui ont des reflux nocturnes de soulever le haut de leur corps d’environ 15cm en dormant, à l’aide de couvertures ou d’oreillers.

Il faut souligner l’importance cruciale d’avoir une vie équilibrée et libre de stress pour faire pencher la balance vers la santé. Ne sous-estimez pas l’influence des tensions quotidiennes qui passent inaperçues mais qui se somatisent en tensions musculaires et en acidité corporelle ou gastrique, notamment.

Enfin, certains exercices peuvent contribuer à soigner l’hyperacidité. Les postures de yoga suivantes peuvent être pratiquées pour masser les organes digestifs et maintenir leur santé au quotidien :

  • Cadavre : shavasana
  • Trône : vajrasana
  • Pince : paschimottanasana
  • Cobra : bhujangasana
  • Crocodile : makrasana
  • Torsions : ardha matsyendrasana*
  • Équilibre sur les épaules : sarvangasana*
  • Triangle : trikonasana*
  • Souffle rafraîchissant : shitali pranayama

(*) Éviter ces postures en état de crise de foie, d’inflammation ou d’acidité, lorsque les symptômes sont incommodants. (3)

Notes et références

Jonathan Léger Raymond

jonathan@ayurvedarevolution.com

Thérapeute ayurvédique et herboriste accrédité par la Guilde des herboristes du Québec, Jonathan est co-fondateur d'Ayurvéda Révolution ainsi que du centre Espace Ayurvéda à Montréal. Il a reçu ses enseignements directement en mentorat individuel avec des médecins ayurvédiques de très haut calibre en Inde, les Dr. Kannan et Shankar, tout deux du Kérala. Ses nombreux voyages lui ont permis de s'imprégner de la culture indienne et d'établir des contacts privilégiés en Inde.

8 commentaires
  • Martha

    8 novembre 2016 at 14 h 23 min Répondre

    Très interessant. Merci départager toutes ces informations!

  • Eve

    13 février 2017 at 15 h 46 min Répondre

    Bonjour.
    Le vinaigre de cidre n’est il pas acide et fermenté, tout ce qu’il faut éviter pour Pitta?

    • Jonathan Léger Raymond

      15 février 2017 at 0 h 02 min Répondre

      Effectivement, tout comme le citron, plusieurs caractéristiques du vinaigre de cidre ne conviennent pas à pitta, en revanche il possède une saveur post-digestive douce (svadu vipaka) car il est très riche en minéraux alcalinisants. Il s’agit donc d’un aliment au goût acide que pitta pourra accommoder en quantités modérées dans sa diète. Nous disposons d’une certaine marge de manoeuvre qui permet d’éviter de proscrire certaines catégories de saveurs et d’aliments.

  • Eve

    15 février 2017 at 2 h 12 min Répondre

    Je comprends qu’on évite de le proscrire, mais cela m’étonnait qu’on le conseille , justement pour des brûlures gastriques dues à un excès de pitta.
    Ce doit être les minéraux alcalinisants, donc.
    Merci pour la réponse (et pour l’article!)

  • Caroline

    30 mars 2017 at 8 h 26 min Répondre

    bonjour Jonathan
    90% des RGO et brulures d’estomac sont dus a un manque d’acide chlorydrique dans l’estomac et non pas trop d’acide
    dans ce cas que preconisez vous ?
    Merci de votre reponse
    Cordialement
    Caroline

    • Jonathan Léger Raymond

      3 avril 2017 at 3 h 58 min Répondre

      S’il y a manque d’acide chlorhydrique, il faut opter pour des doses suffisantes et régulières d’apéritifs et de toniques du feu digestif (agni) telles que les épices, notamment le gingembre et la coriandre, réputée spécialiste en la matière malgré sa douceur relative. Un traitement plus holistique sera parfois nécessaire, toujours pour rétablir le feu digestif. Je recommande à cette fin une confiture thérapeutique pour atteindre facilement un dosage suffisant. D’autre part, j’ai pu retrouver cette statistique comme quoi 90% des brûlures et reflux gastriques seraient dus à un manque d’acidité gastrique permettant à la fameuse bactérie H. pylori de proliférer, cependant je n’ai pas trouvé d’où venait cette information, possiblement utilisée opportunément par des naturopathes affiliés à des produits naturels aux effets toniques pour la digestion. À prendre avec un grain de sel ?

  • Dupré Patrick

    21 octobre 2017 at 11 h 33 min Répondre

    Bonjour de Montpellier . Exacte pour Althéaprovence en ce qui concerne les remontés gastriques. Une mine d’or et très sypa de plus. Il y a d’autres naturopathe qui donnent de bonnes explications.
    Une grande partie des aliments ne sont pas détruits et fermentent dans les intestins. Cela provoquent des gaz qui poussent l’estomac vers le haut, forcent le passage et provoquent hernie hiatale. L’acide remonte dans l’œsophage. C’ est chronique. Personnellement j’avais des gaz depuis plusieurs années. J’avais aussi prévenu mon Généraliste de ses gaz permanent . Rien à faire avec ces médecins qui n’y comprennent rien. Pareil pour mon gastro.
    J’ai eu une grosse œsophagite il y a trois ans. Responsable ;EP. très bien soigné en deux mois.
    Gros problèmes en janvier 2017, Re œsophagite + ulcere de 2cm. Mon gastro avait oublié de me dire que c’est souvent chronique ce genre de truc.
    J’ avais depuis trois ans complètement changé mon alimentation. J’ai d’autres maladies. Plus de pain, de lait,ne fume pas ,ne bois pas. Deviens presque Végétarien. Évite les aliments acides. Donc la récidive de l’œsophagite ne viens pas d’une mauvaise alimentation.
    Le coupable est : l’aspirine que je prend depuis la pose de deux stents actifs posé le 15 decembre 2016.
    L’aspirine est un anti agrégant plaquettaire. Attention ce n’est pas un fluidifiant. Et je pense qu’il me faut le prendre à vie maintenant.

    Donc voila le problème des médecins de la chimie. Ils te soignent pour une maladie et tu t’en choppe une autre.
    Il me faut trouver un remplacement de l’aspirine pour éviter les érosions de la parois de l’estomac.

    C’ est quand même dingue qu’une grande partie des médecins soit aussi mauvais que ça.

    Voila si une personne est capable de résoudre mon problème, c’est avec un grand plaisir que je suivrais ces conseils.

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